ANDERSON (M.)


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Marian ANDERSON 1897-1993

Bien sûr, il y a le mythe et une vie entière consacrée à la lutte pour l’égalité des droits civiques. L’Amérique d’avant guerre n’est pas tendre pour ces Noirs qui ont la témérité de revendiquer leur part de Constitution, leur morceau de ce rêve américain qui était l’espérance du monde. Imaginons ce qu’est alors la réaction de ces ligues tétanisées par un conservatisme d’un autre temps, quand une jeune Noire a les moyens et l’audace de triompher dans un répertoire qui semble réservé pour toute éternité à la race blanche. Marian Anderson est la première de ces grandes dames noires qui ont offert à l’art lyrique de nouvelles et somptueuses couleurs. Comme Paul Robeson, elle porte le negro spiritual à un rare point de perfection. Mais, bien mieux que lui, elle impose l’évidence de sa nature et la souveraineté de son chant dans les plus belles pages de la musique occidentale. Sans elle, y aurait-il eu Leontyne Price, Grace Bumbry et Jessye Norman?

Marian Anderson naît à Philadelphie, le 17 février 1897, dans une famille noire d’une grande pauvreté. Après la mort de son père, elle est contrainte de chanter en public pour assurer sa survie matérielle. On finit par remarquer les qualités naturelles de sa voix. Elle a déjà vingt-quatre ans quand elle devient à New York l’élève d’Agnès Reifsneider, de Giuseppe Boghetti et de Frank La Farge. Grâce à eux, elle apprend le style et la discipline classiques, mais conservera, rançon d’études commencées tardivement, une justesse parfois instable. Dès la fin de ses études, elle remporte un concours de chant organisé par la Philharmonie de New York en 1925. Son premier concert américain date de cette même année. Très vite, l’ampleur exceptionnelle de sa voix de contralto, la profondeur et le velouté de son timbre, la ferveur de son expression musicale lui ouvrent les portes d’une éblouissante carrière internationale: triomphe à Londres (1928), une première tournée européenne (1930-1932) avec un concert à Berlin (1930), suivie d’une seconde (1933-1934) avec un concert à Paris (1934). C’est à cette époque qu’elle enregistre ses premiers 78-tours pour Pathé-Marconi et qu’Arthur Rubinstein, cédant à l’enthousiasme, lui offre son propre imprésario, Sol Hurok, pour organiser sa carrière. Malgré les échos d’une renommée mondiale, New York attendra 1936 pour lui accorder son premier récital. Les grandes scènes lyriques américaines restent toujours interdites à cette chanteuse qui fait la gloire de l’Amérique. Quel qu’en soit le prix, l’émancipation des Noirs — et cela très au-delà de ses propres intérêts — est le combat de sa vie. Et Marian Anderson sait encaisser les coups. Au début de 1949, l’association ultraconservatrice Daughters of the American Revolution (Les Filles de la révolution américaine) l’empêche de chanter au Constitution Hall de Washington. Le scandale est énorme. Il faudra le soutien sans réserve de la femme du président, Eleanor Roosevelt, pour que justice lui soit enfin rendue avec un concert en plein air rassemblant soixante-quinze mille personnes devant le Lincoln Memorial, le dimanche de Pâques (9 avril) 1939. Marian Anderson, première chanteuse noire à pénétrer au Metropolitan Opera de New York, y fait enfin ses débuts, le 7 janvier 1955, dans le rôle d’Ulrica, la sorcière d’Un bal masqué de Verdi. Mais on peut être à la fois belle et immense musicienne sans avoir pour autant le sens du théâtre. Aussi sa carrière lyrique tourne-t-elle rapidement court. C’est au concert et en récital qu’elle continuera de se produire. Elle crée en 1942 un prix qui porte son nom et publie en 1956 ses mémoires sous le titre My Lord, What a Morning .

C’est en 1991 — juste avant qu’il ne soit trop tard: elle a quatre-vingt-quatorze ans... — que lui est décerné un Grammy Lifetime Achievement Award pour l’ensemble de son œuvre. Elle disparaît le 8 avril 1993, à Portland (Oregon).

Il faut écouter cette voix singulière, monumentale, habitée par la grâce, dans des negro spirituals – qu’elle chante avec le même engagement intérieur que Mahalia Jackson –, dans des airs ou des lieder de Haendel, de Schubert, de Brahms, de Saint-Saens, de Verdi, de Sibelius et, surtout, dans des Kindertotenlieder à l’égal de l’inégalable Kathleen Ferrier, sous les directions de Pierre Monteux (enregistrement de 1950) et de Jascha Horenstein. Le timbre est splendide, homogène dans toute l’étendue de son très vaste registre. La ligne est d’une bouleversante simplicité, vibrant d’une vie intense et pudique à la fois. Arturo Toscanini, qui ne se trompait pas souvent, l’appelait “la voix du siècle”.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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